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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 19:57

Dans la première épître aux Corinthiens, chapitre 15, versets 12 à 14, saint Paul écrit : Si l’on proclame que Christ est ressuscité des morts, comment certains d’entre vous disent-ils qu’il n’y a pas de résurrection de morts ? S’il n’y a pas de résurrection de morts, Christ non plus n’est pas ressuscité, et si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide, et vide aussi notre foi. Dès son tout premier temps, l’Eglise a vu contesté en son sein propre ce qui constitue le tout de la foi chrétienne, ce qui en justifie l’existence, ce qui oriente et porte l’espérance qui l’habite : la résurrection du Christ et la résurrection des morts. Les difficultés à croire amenèrent certains, quelques décennies plus tard, à prétendre pourvoir s’appuyer sur des traditions secrètes que le Christ aurait confiées à un petit groupe d’initiés avant sa Passion. Ils nieront tout particulièrement la résurrection. Il s’agit des gnostiques qui, vers la fin du 2e siècle après J.-C., connaissent un important essor et que la Grande Eglise – garante de l’orthodoxie de la foi et de la tradition apostolique – se devait alors de combattre avec la plus grande énergie. C’est dans cette cruciale entreprise que va s’engager Irénée, né à Smyrne - en Turquie actuelle - vers 130/140, évêque de Lyon de 179 à sa mort en martyr, en 202, victime de la persécution de Septime Sévère. Il lui consacre l’une des plus grandes œuvres de l’ère patristique, écrites en cinq volumes dont la réaction s’étala sur plusieurs années sans que l’on sache combien exactement. Le titre original de son œuvre est Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur, mais son nom abrégé est plus connu : Contre les hérésies. Le monde de la gnose auquel Irénée doit faire face présente une multiplicité de systèmes complexes dont nous ne pouvons pas faire état dans le cadre de cette conférence. Retenons que les gnostiques, quel que soit leur diversité, partagent un même rejet passionné et méprisant pour l’univers créé, car œuvre d’un démiurge mauvais et tout aussi méprisable. Ils appartiennent, quant à eux, de droit et pour l’éternité, au seul monde estimé véritablement divin, celui d’un « Père » à ce point transcendant au Créateur et à son œuvre qu’il n’a, avec eux, nul contact ni relation d’aucune sorte car un tel contact, s’il existait, ne pourrait que souiller la légitimité de son œuvre. Le but général du Contre les Hérésies est de démontrer contre les gnostiques et contre Marcion, que le Dieu Créateur de l’Ancien Testament et le Dieu du Nouveau Testament, Père de Jésus-Christ, le Sauveur, ne font qu’un. Mais la première partie de son cinquième et dernier livre, V, 1-15, 1, peut être qualifié à juste titre de « Traité sur la résurrection », car elle est consacrée à défendre sur la base d’argumentations scripturaires – pour la plus grande part tirés des épîtres pauliniennes – la résurrection de la chair face à ses négateurs. Nous allons à présent développer sept points : 1/ la résurrection de la chair, assurée par la communion de l’Esprit ; 2/ Réfutation de l’interprétation gnostique de 1Co 15,50 : « La chair et le sang n’hériteront pas du Royaume de Dieu » ; 3/ le combat de la chair ; 4/ Devenir l’homme parfait et spirituel ; 5/ L’amour et la bonté de Dieu, espérance de la résurrection ; 6/ L’eucharistie : le sacrement qui nous prépare à la résurrection :7/ Comment s’opère la résurrection des morts ? Puis, je conclurai mon propos. 1.La résurrection de la chair, assurée par la communion de l’Esprit D’où vient en l’homme la certitude de foi que la résurrection corporelle de Jésus est le gage de notre résurrection corporelle se demande Irénée ? Par le fait que « l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en nous ». Mais cette présence de l’Esprit n’oblige pas : elle ne s’impose pas à la liberté de l’homme mais toujours se propose à elle. C’est là, pour Irénée, une clef herméneutique qui ouvre l’accès à l’interprétation qu’il convient de donner aux textes pauliniens, tout particulièrement à ces textes majeurs que sont manifestement pour lui Rm 6, Rm 8 et 1 Co 15 . Irénée en citant Rm 6,12-13 (AH V, 14,4) veut mettre en valeur ce sens figuré que Paul applique à la chair en certains passages de ces épîtres et qu’il emploie en 1 Co 15,50 : c’est l’homme - c’est-à-dire tel ou tel homme - qui se livre aux actions charnelles, qui ne pourra pas entrer dans le Royaume de Dieu s’il n’y renonce pas. Car en s’y adonnant, il ne peut pas avoir part à la communion de l’Esprit. En effet, pour Irénée commentant Rm 11,17-24, ce célèbre passage de « l’olivier sauvage et l’olivier franc » appliqué à la greffe en l’homme de l’Esprit, la liberté dont l’homme jouit lui donne la possibilité d’accueillir en soi l’action de l’Esprit ou de la rejeter. Et par conséquent, de s’adonner ou non aux convoitises de la chair. Apparaît donc bien le sens qu’Irénée donne, à la suite de Paul, à cette importante distinction entre « hommes charnels » et « hommes spirituels ». En qualifiant les « hommes charnels » d’« étalons en rut » (cf. Jr 5,8 cité en AH V, 8,2), il est manifeste qu’Irénée fustige ici le comportement moral de certains hommes. Mais plus fondamentalement pour Irénée, la distinction entre « hommes charnels » et « hommes spirituels » doit être comprise comme le consentement ou le refus de vivre de l’Esprit, de se soumettre ou non à ses inspirations. Cette distinction éclaire certainement le sens qu’il convient de donner à 1 Co 15,50, « la chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu », ce verset si discuté par Irénée parce qu’il est allégué par les hérétiques pour nier toute possibilité de salut pour la chair, toute possibilité de résurrection. En effet, pour Irénée, c’est en cette vie que se joue le salut de l’homme, sa résurrection d’entre les morts et son entrée dans le Royaume à la suite de son Seigneur afin d’être revêtu comme lui d’un « corps » de gloire. Car c’est ici-bas, par la foi, que l’homme reçoit en lui l’Esprit, qui lui donne de se débarrasser de « l’ancienne vie de vanité », afin de produire les œuvres de l’Esprit. C’est en cette vie présente que s’opère pour tout homme, par la communion de l’Esprit librement consentie, le salut de la chair.

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